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Comment savoir où couper un plan ?

Photo du rédacteur: Hélène // L'image clé
Hélène // L'image clé
26 sept.
5 min de lecture


Quand on débute en montage, une question revient souvent : à quel moment faut-il couper ?

Est-ce quand le mouvement est terminé ? Quand on a montré ce qu'il fallait montrer ? Après trois secondes ? Cinq secondes ? Faut-il couper sur la musique ?

Il n'y a évidemment pas de durée idéale pour un plan. Un plan peut durer une seconde comme une minute. Tout dépend de ce que l'on veut raconter, de ce que l'on veut faire ressentir… et de ce qui se passe dans le plan.

Mais alors, comment savoir que c'est le bon moment pour couper ?


Quand le plan a fait son travail

C'est sans doute le premier réflexe à avoir.

Un plan apporte une information : un personnage entre dans une pièce, regarde quelqu'un, découvre quelque chose, commence une action…

Une fois que cette information est comprise, le plan n'a pas forcément besoin de continuer.

Prenons un exemple très simple.

Une personne ouvre une porte et entre dans une pièce. Il n'est pas nécessaire de conserver dix secondes de son déplacement jusqu'au canapé si ce déplacement n'a aucune importance pour l'histoire.

On peut couper dès que l'information essentielle est passée.

Le bon moment pour couper est souvent celui où le plan commence à ne plus rien apporter.


Mais il ne s'agit pas seulement d'information

Si le montage consistait simplement à supprimer tout ce qui est inutile, ce serait assez facile !

Un plan peut aussi avoir une émotion à faire naître.

Un regard peut avoir besoin de durer un peu. Un silence peut être important. Une hésitation peut raconter quelque chose.

Dans ce cas, couper dès que l'information est comprise peut justement être une erreur.

Il faut parfois laisser le temps au spectateur de ressentir ce qui se passe.

C'est particulièrement visible dans les films : un regard qui dure une seconde de plus peut complètement changer une scène.



Whiplash — réalisé par Damien Chazelle, 2014.



Un exemple : Whiplash

Dans Whiplash, les scènes de batterie sont au contraire montées avec une énergie extrêmement forte. Les plans s'enchaînent rapidement : les baguettes, les mains, les cymbales, le visage d'Andrew, le regard du professeur…

Chaque coupe nous fait porter notre attention ailleurs et participe à la tension de la scène.

On pourrait laisser certains plans durer davantage. Mais ce serait perdre une partie de cette énergie.

La coupe ne sert donc pas seulement à raccourcir : elle dirige notre regard et participe à l'émotion de la scène.

Le montage ne consiste donc pas seulement à transmettre une information. Il consiste aussi à donner du temps aux émotions… ou, au contraire, à créer de l'énergie et de la tension.


Le mouvement peut nous aider

Le mouvement est également un excellent repère.

Un personnage se lève, tourne la tête, commence à marcher, prend un objet…

Le mouvement peut créer naturellement une envie de couper.

Par exemple, si quelqu'un se tourne vers une autre personne, on peut couper au moment où son regard se dirige vers elle et montrer immédiatement ce qu'il regarde.

Le spectateur fait alors le lien entre les deux plans presque sans y penser.

C'est ce qu'on appelle notamment un raccord dans le mouvement.

Mais là encore, il n'existe pas de règle absolue. On peut parfaitement choisir de couper avant le mouvement, après, ou même de ne pas couper du tout.

Tout dépend de l'effet recherché.


Psychose (Psycho) — réalisé par Alfred Hitchcock, 1960.


La coupe comme un coup de couteau : Psychose

La célèbre scène de la douche de Psychose en est un exemple spectaculaire.

Hitchcock et son monteur George Tomasini enchaînent des plans très courts : le visage de Marion, le rideau, le couteau, l'eau, la main…

Les coupes sont brutales, heurtées, presque comme autant de coups de couteau.

Nous ne voyons pourtant jamais réellement le couteau entrer dans le corps de Marion. C'est le montage, par la succession et la durée des plans, qui donne cette impression de violence.

Ici, la coupe ne sert pas à rendre le mouvement plus fluide : elle produit elle-même le choc.

C'est aussi cela, le montage : savoir quand couper pour accompagner une action, mais aussi savoir quand couper pour provoquer une sensation.


Et si je coupe trop tôt ?

C'est une sensation que l'on rencontre souvent quand on débute.

On regarde son montage et on se dit : « Ça manque de rythme. »

Alors on raccourcit les plans.

Puis encore un peu.

Et encore un peu…

Jusqu'à obtenir un montage très découpé, mais pas forcément plus vivant.

Le rythme ne consiste pas à couper le plus souvent possible.

Un plan long peut être très dynamique s'il se passe quelque chose à l'intérieur du cadre.

À l'inverse, une succession de plans très courts peut devenir fatigante si les coupes n'apportent rien.

Le rythme vient surtout de l'alternance entre les durées, les mouvements, les informations et les émotions.



Lost in Translation — réalisé par Sofia Coppola, 2003.


Lost in Translation montre que l'on peut aussi laisser durer un plan.

Sofia Coppola prend souvent le temps de laisser les personnages regarder, attendre, hésiter.

Il ne se passe parfois presque rien au sens strict. Pourtant, couper plus tôt ferait perdre une partie de ce que la scène cherche à faire ressentir.

Un plan n'est donc pas trop long simplement parce qu'il ne contient plus d'action.


Et si je coupe trop tard ?

C'est l'autre problème fréquent.

On garde le plan « au cas où ».

On attend encore un peu.

Puis encore…

Et le spectateur a déjà compris ce qui se passe depuis plusieurs secondes.

À ce moment-là, le plan commence à perdre son intérêt.

Une petite expérience peut être très utile : lorsque vous pensez avoir trouvé le bon endroit pour couper, essayez de raccourcir encore le plan d'une seconde.

Regardez le résultat.

Puis remettez cette seconde.

Est-ce que quelque chose change ?

Si cette seconde supplémentaire n'apporte rien, vous avez probablement trouvé une bonne raison de la supprimer.


Alors, où couper exactement ?

Il y a plusieurs questions que je me pose lorsque je monte :

Qu'est-ce que ce plan me raconte ?

Qu'est-ce que je veux que le spectateur regarde ou ressente ?

Est-ce que cette information est déjà comprise ?

Est-ce que l'émotion a eu le temps de s'installer ?

Est-ce que je reste sur ce plan parce qu'il est utile… ou simplement parce que je l'aime bien ?

Cette dernière question est parfois la plus difficile !

Parce qu'en montage, on peut avoir de très beaux plans qui ne servent finalement pas le film.

Et savoir les enlever fait aussi partie du travail.


Une petite expérience à faire

Prenez une scène que vous aimez particulièrement dans un film.

Regardez-la une première fois sans réfléchir.

Puis regardez-la une deuxième fois en observant uniquement les coupes.

À chaque changement de plan, demandez-vous :

Pourquoi maintenant ?

Qu'est-ce que la coupe nous permet de voir ?

Qu'est-ce qu'elle nous fait ressentir ?

Est-ce qu'elle accélère la scène ? La ralentit ? Change notre point de vue ? Nous donne une information ?

Vous découvrirez probablement que les coupes les plus efficaces sont souvent celles que l'on ne remarque pas.


Avec l'expérience, on apprend à regarder autrement

Au début, on cherche souvent une règle : « Je dois couper ici. »

Puis, petit à petit, on apprend à regarder la scène autrement.

On ne cherche plus seulement le moment où l'action est terminée, mais le moment où le plan a dit ce qu'il avait à dire.

Et ce moment peut être différent selon l'histoire, le personnage, la musique, le rythme de la scène ou simplement l'émotion que l'on souhaite créer.


C'est aussi pour cela que le montage ne s'apprend pas uniquement en maîtrisant un logiciel.

DaVinci Resolve, Premiere Pro ou Final Cut Pro permettent de couper un plan en quelques clics. Mais savoir où couper est une autre histoire.

C'est le regard qui se forme avec la pratique, les essais, les erreurs… et beaucoup de films regardés autrement.


Hélène

 
 
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